Thèse

Thèse récompensée par le prix 2008 de l’ANDESE (Association nationale des docteurs en Sciences Economiques)

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Résumé

La thèse interroge l’exclusion bancaire des particuliers, définie comme le processus par lequel une personne ne peut plus mener une vie sociale normale en raison de difficultés bancaires d’accès ou d’usage. L’exclusion est envisagée ici comme la conséquence possible d’une tension socio-économique, entre la nécessité, pour l’ensemble de la population, de recourir aux services bancaires d’une part, et les contraintes de rentabilité auxquels sont soumis les établissements de crédits qui distribuent ces produits d’autre part.

Il s’agit donc d’analyser l’influence, sur la situation des particuliers, de la qualité de la prestation de services bancaires, en fonction du contexte institutionnel au sein duquel elle se développe. La thèse adopte pour cela une approche socio-économique, et donc institutionnaliste, alimentée principalement par des données de nature qualitative. Trois grilles de lecture sont articulées : celle en termes de capabilités élaborée par Amartya Sen, celle en termes de relation de service proposée par Jean Gadrey, et enfin celle tenant aux principes d’intégration économique de Karl Polanyi. Trois principaux résultats ont été obtenus.

Le premier est qu’en raison du processus d’intensification de la financiarisation des rapports sociaux, le fait de rencontrer des difficultés bancaires alimente le processus d’exclusion sociale en réduisant les capabilités des personnes. Ces difficultés influencent également le développement des inégalités, et mettent à l’épreuve la cohésion sociale.

Le deuxième résultat découle de la mise au jour de la nature duale de l’incertitude, portant à la fois sur la qualité de l’output et de l’outcome de la prestation de services bancaires. En raison de la contrainte de rentabilité, les établissements de crédit proposent des prestations différenciées aux clients selon leur potentiel économique Pour ceux dont le potentiel est jugé le plus faible, cette prestation privilégie un mode de réduction de l’incertitude fondé sur la consolidation (outils de scoring) au détriment du jugement et du pilotage conjoint par le client et le banquier (relation de service). Ce faisant, elle privilégie la rentabilité de court terme (qualité de l’output) au détriment de la satisfaction des besoins des clients (qualité de l’outcome). Cette inadéquation alimente le processus d’exclusion bancaire.

Enfin, le troisième résultat est que la recherche de réponses au problème de l’exclusion bancaire ne peut se limiter à des innovations techniques mais doit porter également sur la régulation du secteur bancaire dans son ensemble. En articulant évaluation, sanction et péréquation, une telle régulation fait prévaloir le principe polanyien de réciprocité sur ceux de marché et de redistribution, tout en s’appuyant sur eux pour produire ses effets. Il ne s’agit alors plus seulement d’opposer État et marché, mais de les subordonner à des objectifs intégrant explicitement le bien commun.

Summary

This thesis analyses financial exclusion which is understood as the process by which a person cannot live a normal life because of difficulties accessing or using financial products. Exclusion is understood as the result of a tension between the social necessity for all to use financial services, and the profitability constraint which financial institutions have to deal with.

The influence of the quality of financial services on the situation of households is assessed in relation with the institutional context in which it takes place. The research adopts a socio-economic approach, therefore institutionalist, based mainly on qualitative data. Three analytical tools are articulated: Amartya Sen’s concept of « capability », Jean Gadrey’s concept of « service relationship » and Karl Polanyi concept’s of « economic integration principles ». Three main results are obtained.

The first one is, because of financialisation, financial difficulties contribute to social exclusion because of a deprivation in an individual’s capabilities. Theses difficulties also increase inequality and negatively impact on social cohesion.

The second result is linked to the duality of uncertainty related to the output and the outcome of banking services. Because of the profitability constraint, financial institutions offer different types of services in relation to the commercial potential of customers. For those with the least potential, the services which secure a way to reduce uncertainty are mainly based on consolidation rather than judgment and collaboration (copilotage) between the customer and the banker (service relationship). These kinds of services favour the short term profitability of the relationship (output) rather than the satisfaction of customer’s needs (outcome). Financial exclusion is a result of this inappropriateness.

The third result is that responses to financial exclusion cannot be limited to a technical dimension but have to take into consideration the regulation of the whole banking sector. Based on assessment, sanction and equalisation, such a regulation imposes Polanyi’s principle of reciprocity on the market and redistribution even if it uses these two to produce its effects. It is not anymore an opposition of State vs. Market but their subordination to the common good.

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